Petit portrait moderne

C’est vrai, il n’avait pas grand-chose à dire. Il était un peu paumé. Il n’en menait pas large, les bras ballants, la cravate de travers. Il était très porté sur les poncifs. Il adorait ce genre de petites phrases, à glisser entre deux blancs – d’un air très fin d’ailleurs –, piquantes d’après lui. Enfin c’est ce qu’il croyait. Il en tirait son air un peu benêt, sans grande confiance en lui mais avec une assurance de petit coq, sans prétentions et satisfait de lui-même.

C’était fait avec art, ces petites piques d’entre-conversation, sans grande malice mais toujours avec un petit sourire en coin, qu’il voulait fin. Il pouvait vous glisser à mi-voix, l’air faussement renseigné, que respirer faisait un bien fou et que les publicités ça vous bourrait le crâne. Il hochait alors la tête, ravi de son expertise.

Il avait à peine dépassé la trentaine mais sa calvitie précoce – une autre de ses petites fiertés – amenuisait sa jeunesse à vue d’œil. Ce qu’il y avait d’incroyable c’était la vanité démesurée qu’il pouvait trouver à débiter ces poncifs, les déversant dans chacune de ses interactions sociales, comme s’ils sortaient tout droit de son cerveau génial.

Il avait cette vanité du banal, cette douce impression qu’il s’insérait à merveille dans le moule que la société avait formé pour lui, amoureusement. Il s’y lovait content, étriqué juste comme il faut. Tout était tiède. Il adorait ça.