Mc Fly et Carlito, Macron et les jeunes : le règne des affects et l’art de la punchline ?

Les influenceurs Mc Fly et Carlito avec Macron à l’Elysée pour un concours d’anecdotes

Le 24 mai 2021, les influenceurs Mc Fly & Carlito publient sur leur chaîne YouTube aux 6 millions d’abonnés une vidéo tournée dans l’Elysée, avec comme invité d’honneur le Président de la République. La nouvelle avait déjà fait grand bruit. Emmanuel Macron avait lancé un défi aux deux amis : réaliser une vidéo sur les gestes barrières qui dépasserait les 10 millions de vues ; et une récompense : tourner à l’Elysée. D’une durée de 36 minutes, la vidéo présente donc l’Elysée et ses jardins, mais aussi et surtout Emmanuel Macron sous le format franchement divertissant, et, disons-le, drôle, du concours d’anecdotes. Entre le lancement des campagnes présidentielles et les restrictions sanitaires qui imposent de repenser les canaux traditionnels de la communication (le social sans le réseau devient bien difficile), gardons-nous de toute naïveté.

L’enjeu n’est pas vraiment de savoir si les 36 minutes ayant déjà cumulé 11 millions de vues en 24 heures sont ou ne sont pas de l’ordre de la communication politique. (36 minutes dans la vie d’un Président, certes c’est un fonctionnaire, mais tout de même). Il s’agit plutôt de questionner la porosité des frontières entre les informations gouvernementales, la communication partisane et l’industrie du divertissement. Il s’agit d’interroger les modalités et la légitimité de cette communication politique dans le processus démocratique et électoral. Plus encore, qu’est-ce que cette nouvelle rampe de lancement politique dit de la politique et de ceux qui l’incarnent ?

Partons des réseaux sociaux. Le lien de confiance entre l’influenceur et son public peut être fragilisé par cette conception 2.0, entre deals gagnants et influenceurs influencés.  

Qu’est-ce qu’un influenceur en 2020 ? Autrefois vecteur d’achats (vous savez, la ménagère un peu ringarde qui vous vendait à 13h15 son chiffon textile sur M6 cuisine), il est aujourd’hui leader de consommation, mais aussi d’opinions. Par conviction parfois, mais le plus souvent par opportunisme.  Une enquête menée par Reech annonçait que 47% des créateurs de contenus avaient réalisé au cours de l’année 2020 au moins un partenariat d’intérêt public. Mc Fly et Carlito incarnent cela. Ils sont tout à fait conscients des enjeux politiques d’une telle visibilité (E. Macron est déjà présent sur trois de leurs vidéos, avec une quatrième venue très probable) et donc du terrain glissant dans lequel s’engage leur chaîne. Ils exhibent volontairement le dilemme en s’exclamant « Il a les élections dans un an, bon…mais en même temps !! ». C’est que voilà une sacrée aubaine. C’est tout d’abord un sacré coup de pub.  Après la reconnaissance des internautes, se joue maintenant la reconnaissance et la consécration d’un travail par les grands du monde (une chaîne Youtube, à la base ce n’est pas le truc le plus respecté au monde). Organiser un concert de métal dans les tréfonds des jardins de l’Elysée ou faire une roulade sur la pelouse, c’est entrer et imposer leur marque dans un univers, et cela en invoquant les codes qui auraient précisément dû les en exclure. Sans diaboliser la pratique, il s’agit donc d’appréhender avec prudence ces formats hybrides, propices aux innovations comme aux politisations, même inconscientes.  

Les dangers d’une telle politisation ne sont pas seulement à chercher du côté de celui qui consomme l’information, mais aussi de celui qui la produit. L’influenceur est une personne simple (simple, basique). On s’entiche de ses contenus mais on s’attache avant tout à sa personnalité. « Sympa », « divertissant », « à la cool ». Fabien Olicard nous détend avec ses t-shirts originaux. Maxime Gasteuil et ses histoires de brunchs parisiens met au jour dans le rire nos haines des brunchs parisiens. Lena Situations est l’amie rêvée, pleine de pep’s et de tips. On vient les chercher et on s’accroche à leur vie parce qu’ils n’ont pas de bases politiques. Ils sont normaux et rassurants, ils racontent sans filtre leurs galères et leurs angoisses. Ainsi, bien que porté au grand public, l’influenceur doit être un individu du quotidien. Quoique partagé avec tous, c’est l’ami intime de chacun avec qui on aborde ce qui réunit, ce qui divertit. La politique en France, c’est sale. Ce sont les débats, les cris, la défiance. Le créateur de contenu risque ainsi de décevoir les attentes de sa communauté, mais aussi de briser le pacte de confiance sur lequel se tisse toute la relation.

Mais quand on est n°1 des tendances Youtube, peut-on vraiment se déresponsabiliser de la politique, de la chose commune ?

Présentée par des vidéos snaps au style amateur, la campagne du Service National Universel adressé aux 15 – 17 ans avait ainsi été taxée de propagande gouvernementale. McFly & Carlito en ont bien conscience. « On se déresponsabilise de la partie politique » disaient-ils dans la vidéo sur les gestes barrières. Mais quand on est n°1 des tendances Youtube, peut-on vraiment se déresponsabiliser de la politique, de la chose commune ? Ne s’adressent-ils vraiment qu’à des internautes, et peuvent-ils eux-mêmes circonscrire leur impact au simple divertissement ? N’y a-t-il pas dans chaque gu-gus derrière son écran un membre du corps que devrait idéalement constituer la société ? Plus particulièrement ces années alors que les restrictions sociales tendent à faire des réseaux sociaux les dernières portes pour interagir en société, ces influenceurs ne sont-ils précisément les nouveaux chefs d’orchestre de la vie dans la cité, c’est-à-dire de la politique ?

Si l’influenceur ne souhaite souvent pas influencer la politique, le politique, lui, compte bien dans tous les cas utiliser l’influenceur, en faisant notamment de lui le nouveau et bien moins dérangeant journaliste. Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, a ainsi lancé sur Twitch son émission « Tenir ensemble ».  Les étudiants précaires possiblement en colère et les journalistes taillés pour le débat et la contradiction ne sont plus là. A la place, les jeunes influenceurs EnjoyPhoenix ou Just Riadh sont invités à l’Elysée dans le but de répondre aux interrogations des jeunes sur la crise sanitaire. Ils sont peu politisés, issus des classes supérieures, salariés de Google. Ils ont une image à soigner et des partenariats à pérenniser. Sans en avoir forcément conscience, ils court-circuitent les mécanismes traditionnels de la vie politique démocratique, déséquilibrent les rapports de force.

Les acteurs de la vie politique prennent conscience des flous juridiques et des interférences que les réseaux sociaux et les influenceurs rendent possibles. Les réseaux sociaux sont présentés comme les plateformes phares de la démocratie et de la liberté d’expression des électeurs. Admettons. Mais du côté des élus ? En période électorale, les temps de parole des candidats dans les médias sont réglementés et régulés. Sur Internet, c’est la loi des algorithmes qui règne, opaque et tranquille. La question se pose plus gravement avec Youtube, filiale du bienheureux Google. Devenu espace médiatique à part entière, Youtube n’est pas modéré par le CSA mais établit ses propres règles de violations de conditions.

Les frontières de l’information journalistique, de la communication politique et de la promotion électorale sont volontairement poreuses, les travestissements habilement masqués. 

Sur les réseaux sociaux, la communication politique se réinvente de manière décomplexée. Nommée en milieu de mandat à la tête du Service d’Information du gouvernement (SIG), Marion Burlot a vu son budget passer de 14,2 à 26,2 millions d’euros pendant la seule année 2020. Comme le développe le mémoire d’un étudiant de l’université de Lille sur la communication politique, ces investissements visent notamment à briser délibérément les codes de la communication politique traditionnelle. Concrètement, le gouvernement comme l’opposition valorisent une sortie des cadres institutionnels, ceux-là même qui sont censés garantir un semblant de transparence à la vie politique. L’utilisation régulée des réseaux sociaux par les représentants politiques implique de nouveaux enjeux, mais va de soi et paraît légitime. Mais l’enjeu est tout autre quand le réseau social n’est plus utilisé comme canal de l’enjeu politique, mais plutôt comme support du sujet politique. C’est bien là tout le problème du concours d’anecdotes. Premièrement, Emmanuel Macron ne s’y présente pas comme Président de la République (même les youtubeurs le concèdent, expliquant qu’« il y a de la stratégie là-dedans, il est pas dupe »), mais comme candidat aux élections de 2022. Deuxièmement, de par le format de la rencontre, il n’est en réalité pas là comme président-candidat portant des idées, mais comme individu retraçant de joyeux souvenirs.

Dans cette opération de communication réussie, on relève sans surprise un projet de reconquête de l’électorat jeune. Pour rappel, les 18 – 24 ans s’étaient abstenus à hauteur de 35% en 2017, pour un taux d’abstention national de 25%.  Même plus de cents ans après sa publication en 1895, l’ouvrage de Gustave le Bon, La psychologie des foules, peut constituer une grille de lecture pertinente pour notre décennie. Avec comme idée phare : la psychologie d’un groupe n’est pas égale à la somme des psychologies individuelles qui le compose. Gustave le Bon met en lumière la force du nombre et de la suggestion.

_ La force du nombre : à l’heure de la massification des données et des internautes, le nombre semble bel et bien créer ce que l’écrivain appelle un « individu en foule », avec un comportement et une conscience de soi propre :  la foule permet l’anonymat, qui permet la déresponsabilisation, et avec elle, la dépolitisation.  L’émission « Sans filtre » lancé par Gabriel Attal sur Twitch visait justement à rejoindre ces jeunes dépolitisés et/ou qui ne s’informent plus qu’exclusivement sur les réseaux sociaux. On remarque qu’à travers ces réunions, Gabriel Attal fidélise sur son compte Twitch personnel une population jeune, futur capital électoral.

_ La force de la suggestion : elle est manifeste dans « l’être instinctif » décrit par Gustave le Bon, pour lequel les idées se propagent par les émotions bien plus que par les réflexions. En effet, pas besoin d’être une brute en sciences pour convenir du fait que le cerveau cherche la simplicité. L’affect étant plus immédiat que le raisonnement, Emmanuel Macron saisit l’aubaine de se présenter sous un jour léger, consensuel et humoristique. Il ne sera pas question de programme politique pour ces jeunes qui, de toute façon, ne s’engagent plus. Il s’agira bien plutôt d’incarnation, de rires et d’anecdotes à base d’afrobeat, de « substances » et de foot. Le football, et le sport plus généralement, est un lieu d’unité qui fait majoritairement fi des clivages politiques et sociaux. Ce n’est pas pour rien qu’on a présenté la victoire des Bleus à la Coupe du Monde de 2018 comme le jour symbolique de l’unité française retrouvée après la vague d’attentats de 2015 (bon, finalement entre temps les Gilets Jaunes sont passés par là, mais passons). Fédératif, le football devient donc la matrice des anecdotes du Président (appel de K. Mbappé, …). La jeunesse française est défiante vis-à-vis de la politique, et Emmanuel Macron en a bien conscience. Il propose donc ici une parole publique dépolitisée.

« Etre pédagogique, oui. Mais faire semblant d’oublier que les jeunes sont des adultes en devenir, qu’ils sont appelés à sortir du cocon familial puis amical, pour enfin rentrer dans le monde, s’engager, se battre, non »

Tout comme la tante gaga se sent obligée de parler le langage « bébé » lorsqu’elle s’adresse à son jeune neveu, les politiques se sentent obligés de parler le jeune pour intéresser les jeunes. Mais le bébé a justement pour objectif d’apprendre le langage des adultes. Être pédagogique, oui. Mais faire semblant d’oublier que les jeunes sont des adultes en devenir, qu’ils sont appelés à sortir du cocon familial, puis amical, pour enfin rentrer dans le monde, s’engager, se battre, non. Idéalement, l’adulte appelle le jeune à le rejoindre, à dépasser cet état dont la nature même est d’être dépassé. Mais il est plus pratique de prendre le jeune pour un fini, de le rejoindre où il est, sous couvert de bienveillance. Il est plus malin de descendre une marche avec lui plutôt que de lui tendre une main de là-haut, pour que ce soit, lui, le jeune, le croissant, qui atteigne ce ponton supérieur. Accessible et vide, la parole publique est d’autant plus stratégique. Les meneurs de foules et la publicité politique savent bien où se logent les idées : l’esprit, mais aussi le cœur et le ventre. L’idéal démocratique les place dans l’esprit. Mais les publicistes savent bien quels lieux sont conformes à leurs intérêts. L’heuristique du jugement est le mécanisme cognitif par lequel l’on simplifie la réalité autour de nous pour s’en tenir aux affects. La rationalisation existe, mais elle intervient après, comme pour légitimer une décision. L’enjeu ici n’est pas tant de jouer vainement les victimes des diverses manipulations du monde. Le monde en pullule et nous sommes tous la victime d’un autre. Mais il s’agirait d’apprendre à reconnaître et à se défendre de ces processus d’affectivation (cœur) puis d’instinctivation (ventre) de la politique (voilà de gros mots).

 

En 2020, comment concilier incarnation de l’autorité et confiance dans la proximité ? Comment réinventer le chef, vertical par excellence, à l’heure de la promotion de l’horizontalité ?

Ce concours d’anecdotes interroge les murs et les ponts entre les citoyens, les influenceurs et la politique. Depuis la sortie de la vidéo mardi, se multiplient les articles et les émissions invitant à la prudence sur ce coup de communication. Le petit monde de la communication politique s’affole. Ce n’est plus seulement la politique qui s’invite sur les espaces de discussions informels, mais le politique. C’est ainsi avant tout une nouvelle figure du politique qui est ici déployée, par le biais des réseaux sociaux et des influenceurs.

En creux, la question que se pose ingénument Macron, mais aussi Jean-Luc Mélenchon et des générations de politiciens, est la suivante : en 2020, comment concilier incarnation de l’autorité et confiance dans la proximité ? Plus simplement, comment réinventer le chef, vertical par excellence, à l’heure de la promotion de l’horizontalité ?

Face au constat de la désacralisation de la politique et du politique, la proximité se présente depuis plusieurs décennies comme le levier majeur pour restaurer une relation brisée entre peuple et représentants du peuple. Au début de son mandat, Emmanuel Macron se place dans une perspective dite « jupitérienne ». La longue marche sur l’esplanade du Louvre théâtralise son accession à la fonction présidentielle. On dira de Macron qu’il « habite sa fonction », qu’il entend redonner au politique sa verticalité, sa transcendance et son panache de coq français. On retrouve la dignité du roi, alors universelle, et non pas faite des particularismes qu’implique la proximité. Mais les prérogatives du roi sont, elles, décentralisées (intendants, commis et baillis). Or on le constate, Macron a depuis lors changé de stratégie (ou bien les joue-t-il toutes à la fois ?). Il semble avoir pris les codes des acteurs de la politique locale, avec pour maître-mot la proximité et l’art du punchline. Il semble avoir rejoint François Hollande, qui, dès le début de son mandat, se voulait comme un « président normal ».

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La marche de Macron sur l’esplanade du Louvre, le soir de son élection le 7 mai 2017

Mais qu’est-ce qu’un président normal, sinon un affreux oxymore ? Comment ne pas accuser de mensonge celui qui veut faire passer pour norme une fonction (et non plus une dignité, certes) aussi anormale, c’est-à-dire exceptionnelle, que celle de représenter l’ensemble des français, de mener le pouvoir exécutif ou encore de détenir les codes de la bombe nucléaire ? Pourquoi ne pas exiger la respectabilité et la dignité que lui confère légitimement la responsabilité immense de sa fonction ? L’émission Une ambition intime, de Karine Lemarchand, présentait ainsi des hommes et des femmes de la vie politique sous un jour personnel. C’est très mignon. Les français se sont exclus des cadres traditionnels de la politique parce qu’ils sont blasés des politiques, de leur banalité et de leurs magouilles. Si l’élu est comme moi, pourquoi lui ferais-je confiance en lui accordant le bénéfice de ma représentation dans la cité ? S’il est comme moi, mais qu’en plus il descend à mon niveau, pourquoi en faire mon supérieur, et non mon égal, mon ami, mon voisin ? Et le regard du peuple rejaillit sur le représentant : si, pour flatter, je me fais passer pour celui que je représente, alors j’oublie ma différence, cette lourde charge qu’est la responsabilité. Si je refuse ma responsabilité, je risque d’oublier aussi ma dignité, la seule qui peut me soutenir quand je suis tentée de fléchir dans mon devoir et d’user pour mon propre intérêt le pouvoir dont j’ai hérité à destination de l’intérêt de tous.

Cette hyper personnalisation de la communication politique fait de Macron l’acteur phare d’un dispositif scénique. La critique est facile, mais c’est qu’elle est évidente : pour reprendre les propos de Raphaël Llorca dans son article publié dans le FigaroVox, Macron est un comédien qui alterne entre la création d’une offre (une marque entrepreneuriale que personne n’attendait, par exemple) et la réponse circonscrite dans le temps et l’espace à une demande tout aussi définie (le président militaire). Jacques Pilhan expliquait ainsi que « tout homme porte en lui six ou sept visages différents. L’art de la communication n’est pas de les montrer tous à la fois, ou même de choisir celui qui serait le vrai. C’est de montrer le bon, au moment juste ». « L’efficacité symbolique » de Macron sur Youtube est ainsi le reflet de la société du spectacle, terme théorisé par Guy Debord dans son ouvrage du même nom. Ce ne sont plus les bouffons qui divertissent le roi, mais le roi et les bouffons qui dansent ensemble, se mettent en scène l’un pour l’autre dans des jeux de séductions et d’élections. La fête est intense, mais les effets se dissipent bien vite. L’on risque ainsi de ne retenir finalement de ces 35 minutes quelques punchlines, mais surtout une image lisse et immanente de la fonction présidentielle macronienne. On constate pourtant que cette hyper personnalisation politique et cette proximité symbolique (« si j’égalise pas là, je leur fais une grosse béquille ») se fait à l’avantage d’Emmanuel Macron. Tout comme le carnaval n’est qu’un chaos festif et circonscrit qui profite in fine à l’ordre initial, la contestation circonscrite et bon enfant de l’autorité du Président (« Y’a pas de hiérarchies là », « Vous nous trouvez comment ? ») ne parvient en réalité qu’à réaffirmer en creux l’autorité du chef de l’Etat (« Il nous regarde de la même manière qu’il a dit « nous sommes en guerre »), descendu le temps d’une récré de la cour des grands pour jouer et faire des roulades.

Dans un grand jardin, certes.

Le groupe de métal Ultra Vomit en concert privé dans les jardins de l’Elysée

Sources :

  • La psychologie des foules – Gustave le Bon
  • La société du spectacle – Guy Debord