Les petites vieilles dames de Bretagne

Jean François Millet : L’angélus

Je revois les petites vieilles dames qui travaillaient dans les champs de Bretagne. Elles avaient le dos courbé et les mains striées comme des longues écorces dures. Les cheveux courts, le visage fatigué.

Le tracteur rouillé, avançait en un rythme régulier, tractant une longue barre de fer sur lesquelles elles s’asseyaient le matin pour faire le même geste : cagette, légume, sol. Elle avaient les cheveux teints en rouge, le ventre un peu rond, le front plissé et le soleil frappait.

Elles écoutaient une mauvaise musique tissée de poncif. Elle trouvait cela beau. Elles aimaient beaucoup cette musique que crachait la radio entre deux annonces.

La chanson parlait d’une femme perdue, d’un désir d’amour et d’un bonheur qui se cache.
Elle parlait de la souffrance d’être seul et pauvre et de l’amour de la mère.
Elle le disait avec des mots simples et des fautes de grammaire.
Ce n’était pas beau, c’était crier encore

Les petites vieilles dames de Bretagne chantent comme elles peuvent l’absolu

J’ai pris pour modèle les âmes de ceux qui crient,
Humblement, sans même le savoir, vers la Vie.

Et je me suis trouvé démuni face à mon mépris.